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Ce sont là des raisons suffisantes, j'en suis convaincu, pour briser le mur du silence. Auteur(s): Habib Souaidia Titre: La sale guerre. Langue. Ancien parachutiste dans les forces spéciales de l'armée algérienne, Habib Souaïdia apporte dans ce livre le premier témoignage, à visage. La sale guerre. Par Habib Souaidia. Éditeur: Gallimard; Genre: Histoire; Pages: ; Langue: Français; Format: ePUB · TÉLÉCHARGER MAINTENANT.

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Elle a été expérimentée en h alie, où les auteurs des massacres ont reçu pendant des années J'aide de certains secteurs des services de l'armée pour se procurer des armes et des explosifs, ou pour trouver des refuges à l'étranger. L'évocation de cette rumeur d'un financement étranger des prem iers groupes armés islamistes, fort vraisemblable, n'est pas nouvelle; il est plus intéressant de souligner celle qui faisait élat, dès le début de , d'une manipulation de ces groupes par les services secrets de J'armée la Sécurité militaire, ou SM , 13 la sale guerre manipulation dont Habib Souaïdia nous donne maints témoignages très précis dans la période ultérieure. L'armée, la police et la gendarmeri e semblaient les seuls corps d' État susceptibles d'offri r un emploi stable à ceux qu i, chaque année, arrivaient sur le marché du travail. J'en suis aujourd'hui convaincu, au vu decequi s'est passé ensuite. À ['issue de la formation, les élèves sortent avec le grade de sous-lieutenant et sont mutés vers les différents corps de l' armée de terre, vers la gendarmerie ou vers le DRS. La Kaby lie, le Grand Centre et l'Oranie sont aujourd'hui largement représentés dans les diffé rentes structures de l'armée, surtout au Département de renseignement et de sécurité ORS, ex-Sécuri té militaire 1 et à la gendarmerie. Cela faisait vraiment peur.

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Pour beaucoup d'Algériens, comme pour les observateurs étrangers, la silUation apparaît très confuse. En fait, cette confusion a été voulue et planifiée par les hauts galonnés.

La Sale guerre

Ce rideau de fumée leur permet de mener impunément une guerre d'une incroyable sauvagerie. C'est nous qui avons été chargés de fa ire le sale boulot, c'est nous que les généraux ont obligés à faire leur sale guerre. Et tout cela, pour l' argent. Car il ne faut pas oub lier que, depuis , les différents clans du pouvoir n'ont pas cessé de se disputer l'argent du pétrole.

Le climat d'insécurité a permis à la mafia politico-militai re de faire tranquillement main basse sur l'économie algérienne. El il a perm is surtout de contenir la 25 la sale guerre colère soc iale. Quoi de mieux qu'un déferlement de vio lence pour faire passer la pilule? Seu ls les pauvres en effet ont payé, et à tous points de vue. Les détenteu rs du véritable pouvoir, leurs proches et leurs familles, n' on t, eux, jamais été inquiétés, ni par le terrorisme ni par la misère.

Quelques jours après mon arrivée en France, le 7 avril , j'ai entamé des démarches pou r obtenir un statut de réfugié poli tique. Il n'était plus question pour moi de retou rner en Algérie. Dans le meilleur des cas, j'aurais été emprisonné.

Et je ne suis pas prêt à donner celte satisfaction aux généraux. Après le premier article paru dans la presse fa isant état de mon souhait de témoigner 1, des officiers du Département de renseignement et de sécurité ORS , l'ex-Sécurité militaire SM , ont effectué une descente à mon domicile familial de Tébessa.

Ils ont inte rrogé ma vie ille mère, mes frères, mes vo isins et certai ns de mes a mis. Même la ligne té léphonique de ma fam ille a été coupée, m'empêchant d'avoir des nouvelles des miens. Cette manière de procéder, habitue ll e, ne m'étonne guè re. L'armée n'a-t-elle pas assassiné par m illie rs des proches de présumés terroristes?

N'a-t-elle pas accusé de tous les maux les militaires qui ont osé braver les instructions illégales des généraux? Cette visite médiatique m'a révolté.

La France officielle a trouvé dans quelques grands discours de Bouteflika un nouveau prétexte pour oublier les graves violations des droits de l'homme commises par le pouvoir algérien. Les intérêts politico-économ iques. Sans parler de la torture et des exécutions sommaires. C'est de tout cela dont j'ai voulu témoigner ici. Le Monde. Ma fam ille et mes aïeux y ont toujours vécu. C'est une région qui, jadis, vivait principalement d'agriculture. Le blé y était abondant et pennettait à la population locale de joindre, tant bien que mal, les deux bouts.

Mais au fil des a nnées , les choses o nt commencé à changer. La politique agricole suivie depuis , appelée thaoura zeraiya la révolution agraire , s'est révélée désastreuse. Cet échec a contraint les fellahs paysans à abandonner leurs terres pour se diriger vers les grandes villes, à la recherche d'u n travail moins contraignant et plus rentable.

L'exode ru ral anarc hiq ue a dépeuplé les champs , laissant l' agricu lture agoniser. Aujourd 'h ui , Tébessa est devenu célèbre grâce au trabendo contrebande entre l'A lgérie et la Tu nisie, qui fait vivre, depuis ving t ans , des milli ers de fam illes. À Tébessa, tout s'achète et tout se vend.

Même les armes.. Pendant les années quatre-vi ngt, le chômage est devenu massif. L'armée, la police et la gendarmeri e semblaient les seuls corps d' État susceptibles d'offri r un emploi stable à ceux qu i, chaque année, arrivaient sur le marché du travail. C'est pourquoi des centaines de jeunes ont choisi l' uniforme. En ce qui me concerne, mon choix était fait depuis longtemps, je voulais être militaire. Ma vocation militaire L'idée de faire carrière au sein de l'ANP m'est venue dès Je n'avais alors que seize ans.

Adolescent,j'étais animé par un profond esprit patriotique. Avec la naïveté et l'idéalisme de mon âge, ma seule ambition était de servir mon pays. J'étais issu d'une fami ll e modeste, mais je n'ai pas choisi de faire carrière dans l'armée pour l'argent. D'ailleurs, les salaires des militaires sont là pour prouver que nul ne peut s'enrichir sous J'unifo rme. Ma foi en l'Algérie et mes convictions de l'époque ont suffi pour faire de moi un soldat.

J' avais un grand respect pour J'année algérienne. Le programme scolaire et l'histoire officielle nous avaient appris que l'Armée nationale populaire ANP , cette digne descendante de j'Armée de libération nationale ALN , restait le principal pilier de l'Algérie. Je me rendrai compte par la sui te que l'Algérie ne possède pas d'année, car Le sigle BTS désigne la région du triangle BatnaTébessa-Souk-Ahras, trois villes de l'esl du pays d'où son t originaires de nombreux militaires de haut rang.

Toujours est-i l que les choses ont commencé à changer au cours des années quatrevi ngt-dix, où un dosage plus subtil entre les différentes régions semble avoir été instauré pour éviter l'implosion de l'institution militai re.

La Kaby lie, le Grand Centre et l'Oranie sont aujourd'hui largement représentés dans les diffé rentes structures de l'armée, surtout au Département de renseignement et de sécurité ORS, ex-Sécuri té militaire 1 et à la gendarmerie.

En plus, à Koléa, ils pouvaient grâce au passe-droit leur assurer la réussite au baccalauréat pou r les envoyer ensuite, avec une bourse d'État, étudier dans de grandes un iversités américaines ou françaises. Mais l'École des cadets a accueilli 1. Tous les AIg6iens savent que ce service e.

J'y ai passé, en interne, une année scolaire L'enseignement était de qualité, même si le programme était le même que celui des autres établissements scolaires. Seule différence: la rigueur et la discipline. L 'École fonctionnait selon un régime militaire: internat, rassemblement le matin, levée des couleu rs, salut militaire, etc. C'était donc la première fois que je portais l'uniforme. Néanmoins, ma j oie a été de courre durée, puisque l'École des cadets a été fermée à la fin de l'année sur décision présidentielle.

Le président Chadli Bendjedid qui avait succédé en à Houari Boumediene avait décidé, en effet, sa fermeture. Pourtant, d'excellents militaires y avaient fait leu rs classes.

Chadli s'en moquait, il voulait effacer les traces de son prédécesseur. Les élèves ont été renvoyés chez eux et ils ont dû s'inscrire dans des établi ssements civils. Pour moi, ce n'était que partie remise, puisque j'allais, dès l'obtention de mon baccalauréat en , rejoindre à nouveau les rangs d e l'année. L'ère du multipartisme En mars , cinq mois après les événements tragiques d'octobre , le Front islam ique du salut FIS était créé.

Les émeutes d'octobre avaient profondément ébranlé le pays: cinq cents jeunes 17 1 selon le bilan officiel étaient tombés, en une semaine, sous les balles de l'armée. Tout était désormais permis. L'heure était, disait-on, à l'ouverture démocratique, mais c'était plutôt l'anarchie et la déliquescence de l'État.

Des dizaines de partis politiques ont certes vu le jour, des journaux privés ont été créés et il y avait plus de libertés. Je n'étais proche d'aucun courant politique, el je m'interrogeais sur l'avenir de l'Algérie. Quel parti pouvait assurer la rupture avec les pratiques du passé? Qui fallait-il croire? Ces questions sont d'ailleurs pour moi toujours d'actualité aujourd'hui.

Adoptée le 23 février , la nouvelle Constitmion ne faisait plus référence au socialisme et ouvrait l'ère du multipartisme. Les différentes formations politiques allaient prendre part aux éleclions locales, annoncées pour juin , et aux élections législatives prévues pour l'année suivante.

Treize millions d'électeurs devaient se prononcer à deux repri ses en l'espace d'une année. Des partis qui donnaient l'impression, pour la plupart, de surgir du néant, n'avaient ainsi que quelques mois pour se préparer et mener la première bataille électorale ouverte de l'Algérie indépendante.

Dès le début, l'émergence du mouvement islamiste a créé des passions. Les citoyens, les jeunes en particulier, ne voulaient plus de la gestion du FLN et ils le faisaient savoir. Le discours du FIS n'a pas tardé à les séduire. La jeunesse des quartiers populaires et les exclus de la société étaient comme ensorcelés par les islamistes.

Ce n'était pas mon cas mais, comme beaucoup de mes compatriotes, j'étais convaincu que le FIS allait rafler la mise au cours des prochaines élections. Mais la politique n'était pas, à l'époque, ma première préoccupation. Je devais me concentrer su r mon bac. Étant à Tébessa, je ne me rendais pas vraiment compte, non plus, de l'ébullition de la société. La mode n'était plus aux cheveux gominés mais aux barbes fournies, les jeunes préféraient fréquenter les mosquées plutôt que les stades de football.

De nouvelles habitudes s'installaient sans que cela donne J'impression de gêner qui que ce soit. Surtout pas le pouvoir. Deux semaines plus tard,je recevais une convocation me demandant de me présenter sur place, le 29 août, pour passer le concours d'entrée. Pendant trois jours, nous devions prouver que nous avions les capacités physiques et intellectuelles pour su ivre une formation militaire au sein de cette éco le.

Quatre cen t cinquante candidats ont passé les épreuves de mathématiques, de physique, de chimie, d'anglais et d'histoire, ainsi qu'une épreuve sportive. Deux cents d'entre nous ont été retenus. Après un test médical confirmant mes aptitudes physiques,j'ai été reçu à l'académie de Cherchell avec une moyenne de 12 sur En septembre , j'ai signé mon contrat avec l'ANP.

Comme mes camarades, j'ai pris possession de mon paquetage deux tenues, chaussures, chaussettes, sous-vêtements, cei nture, gants, casqueHe, etc. Je faisais partie désormais de la vi ngt-troisième promotion. Ce changement a été longuement commenté à l'académie. La plupart des militaires avaient beaucoup de respect pour Kasdi Merbah qu i, durant une quinzaine d'années, avait dirigé la puissante SM, la police politique, sous Boumediene.

JI incarnait la force du régime et surtout sa 32 mes premiers pas sous l'uniforme stabilité. Des rumeurs disaient qu'il préparait un coup d'État pour renverser Chadli. Je passerai trois années de ma vie comme élève-officier à Che rchell, ville cô tière située à 90 kilomèt res à l'ouest d'Alger.

Cherchell es t connue en Algérie pour ses rui nes romaines, son port, ses plages, la qualité du poisson qui y est pêché et par. Elle était alors appelée Éco le des é lèves-aspirants de Cherchell. Au lendemain de l'indépendance de l'Algérie, le colonel Houari Boumediene, chef des armées, fit tout pour la moderniser. Devenu président en après le coup d'État contre Ahmed Ben Bella, Boumediene fera de l'académie de Cherchell la plus importante du continent africain, avec J'aide des Soviétiques.

La quasi-totalité des officiers algériens formés au lendemain de l' indépendance est passée par Cherchell. Burkinabés, Palestiniens, Libyens, Maliens, Nigériens et bien d'autres y ont suivi une formation mîlitaire. On raconte que les militaires africains venaient à Cherchell pour y être formés et qu'en rentrant chez eux..

Quand je suis arrivé à Cherchell, en , l'académie était commandée par le général Abdelmadjid Chérif, l'un des plus jeunes généraux algériens de l'époque. Les officiers supérieurs qui ont dirigé l'académie sont parmi les plus connus dans l'armée.

Le général et futur président Liamine Zérouall'a commandée en J et , mais aussi le général Tayeb Derradji, futur commandant de la gendarmerie nationale, qui a été à la tête de l'académie en et Si les autres écoles militaires sont rattachées au commandement de la région mi litaire où elles sont situées, l'académie interarmes a été, dès l'indépendance, placée sous le commandement direct du ministère de la Défense nationale MDN et du chef suprême des armées, en l'occurrence le président de la République, pour autant naturellement que celui-ci soit originaire de l'ANP Mohamed Boudiaf, Ali Kafi ou Abdelaziz 33 la sale guerre Bouteflika, étant des présidents civils, ne pouvaient prétendre à une quelconque mainmise sur elle.

Habib Souaidia La Sale Guerre

C'est dire l' intérêt stratégiq ue de l'académie aux yeux des généraux. Elle forme les officiers de l' ANP et peut se transformer, en cas de conflit, en une caserne opérationnelle. El le possède d'ailleurs ses propres moyens de défense et son arsenal est impress ion nant: elle dispose de chars, d'artillerie, d'un système de défense antiaérienne DCA el de radars qui lui confèrent, à la fois, puissance de feu et autonomie.

L'académie, véritable empire, s'étale sur plusieurs hectares. Elle a ses boulevards, ses rues et ses ruelles. Chaque artère est baptisée du nom d' un chahid ou d'une date historique; la principale est la rue du 1er Novembre, date du déclenchement de la guerre de libération en Plus d'un millier de personnes y vivent donc en pennanence. Sur le plan administrati f, trois directions la chapeautent : l'une est chargée de l'instruction militaire, une autre des études scientifiques et la dernière des sports.

Chaque promotion est composée d'environ deux cents hommes. À ['issue de la formation, les élèves sortent avec le grade de sous-lieutenant et sont mutés vers les différents corps de l' armée de terre, vers la gendarmerie ou vers le DRS. La vie des élèves-offi ciers La vie de l'académie était rythmée selon une cadence bien particulière.

Mi-caserne, mi-université, nosjoumées d'élèvesofficiers étaient bien remplies. À 8 heures, nous devions rejoindre nos salles de cours. Les études théoriques se déroulaient dans des salles d'une trentaine d'élèves, soit une section. Responsable devant les offi ciers instructeurs, il deva it répond re de tout problème concernant sa section: absence, maladie, indiscipline, etc. Notre format ion comportait un enseignement scien tifique maths, physique, chi mie Chaque promotion su ivait une année de tronc com mun puis deux années de spécialité cela a changé depuis: actuellement, les élèves-officiers suivent deux années de tronc commun et deux années de spécialité.

Chaque spécialité avait un bloc de deux étages qui lui était réservé en deuxième et troisième années, les élèves-officiers devaient choisir une des six spécialisations possibles: infanterie, blindés, arti llerie, DCA, génie de combat, transports. Il y ava it également d'autres blocs-dortoirs de deux étages pour chaque promotion.

Les études du raien t jusqu'à 14 heures. Le déjeuner commençait un quart d'heu re plus tard. Après le repas, nous avions quartier libre jusqu'à 16 heures. Puis nous devions rejoindre les salles de cours pour des révisions obligatoires. Le dîner était à 19 h 30 et marquait la fin de la journée. Le lendemain, rebelote Si les enseignements scientifiques et sportifs étaient classiques, l'enseignement militaire était spéc ifique.

Nous suivions donc des formations théoriques et pratiques sur l'armement russe. Nous nous intéressions aussi bien au fusil d'assaut Kalachnikov qu'aux missi les sol-sol Sam ou aux chars T Nous devions, toutefois, suivre une formation théorique sur les armes d'origine occidentale, américaines et françaises notamment.

Les ennem is potentiels de l'A lgérie ont toujours été les États-Unis et leurs alliés.

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Mais l'ennemi ju ré était - et restele voisin marocain. Ce dernier est doté d' un armement d'origine occidentale. L'armée algérienne a axé sa stratégie de défense pour faire face à une éventuelle guerre contre le 35 la sale guerre Maroc. D'ailleurs, les unités qui forment la force de frappe de l'ANP, comme la S" brigade blindée basée à Sidi-Bel-Abbès, devenue S" division blindée , les 42" et 4S" brigades d'infanterie basées entre Béchar el Tindouf sont constam ment en état d'alerte numéro 1.

Les armes de destruction massive figuraient également parm i nos préoccupations nous étudiions les méthodes de protection pour faire face à une éventuelle attaque bactériologique ou nucléaire. Le bul de l'académie est de forme r des officiers qui seront opérationnels dès la fin de leurs études. Chaque mois, nous faisions donc des exercices sur le mont de Sidi- Yahia, une zone militaire surplombant l'académie.

Nous av ions à notre disposition un matériel de tir électronique avec sons et bruitages qui créaient une atmosphère de bataille terrestre, nous plaçant psychologiquement dans des cond itions réell es de guerre. Nous passions une semaine à creuser des tranchées et à nous en traîner aux embuscades.

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Au terme de mes études, j'allais retrouver, avec le terrorisme, des conditions de vie encore plus di fficiles que celles auxquelles nous avions été préparés. Côté distractions, nous n'avions pas d'autres choix que les activités cultu rell es ou sportives prévues à l'académie. Nous passions donc la majori té de notre temps libre entre le centre culturel, comportant salle de cinéma, bibliothèque et musée de l' armée, et le foyer, à jouer aux échecs ou à la belote.

Il nous arrivait aussi de regarder la télévision, dans un terrible brouhaha, devant un café bien fo rt. Nous préférions. En perm ission, nous éti ons obligés de sortir en tenue militaire.

Chose qui était, pour nous, impensable: nous ne voulions pas exhiber cette belle tenue de sortie avec ses galons d'élève-officier.

À la cantine de l' académie, on nous gavait de bromure pour nous faire oublier nos frustrations sexuelles. La fréquentation des quelques maisons closes de Cherchell était strictemen t interdite. Rares étai ent ceux qui s'y risquaient, seuls quelques soldats visitaient ces lieux sinistres. Nos permissions étaient donc consacrées, le plus souvent, aux copines; du moins, pour ceux d 'entre nous qui avaient la chance d 'avoir une petite amie qui les attendait dehors.

Chaque fin de mois, la tradition étai t d'organiser une parade mi li taire à l'intérieur de l'académie; le com mandant de l'académie la supervisait et effectuait une inspection générale des élèves, des armes et du matériel. Nous mettions alors la tenue de parade, conçue spécialement à cet effet. À l'académie, toutes les sensi bil ités politiques étaient représen tées. Pro-islamistes, pro-berbéristes, ou encore ceux qu i voulaient perpétuer l' ère du parti unique s'affrontaient dans des débats virulents.

La tolérance et le respect de l' autreétaient rares dans ces discussions Mai s la majorité d'entre nous, dont j' étais, se fi chait complètement de ces discussions. Dans ma promotion, nous avons été quarante-deux sur deux cents , dont moi, à faire ce 37 la salt gUtrTt choix et à être acceptés dans celte filière après une série de tests.

Nous savions qu'après nos deux années de spécialité à Cherchell, nous devrions fai re ensuite une année supplémentaire de formation à l'École d'application des troupes spéciales EA TS de Bi skra , pour y suivre un entraînement de parachutiste.

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Pour les deuxième et troisième années à Cherchell, j'avais choisi de me spécialiser dans les blindés. Les tanki stes ont une excellente répUiation : c'est un métier où il faUl faire preuve de rapidité d'exécUlion, d'inruition et d'intelligence pour espérer rester en vie durant un conflit. Car peu de gens savent que la durée de vie d 'un char de combat sur un champ de bataille dépasse rarement cinq minutes.

J'ai donc suivi une formation de deux années sur les chars russes, des T55, T62 et T Si les T55 et les T72 ont donné entière satisfaction à nos responsables, les T62 ont mOnlré des faibl esses à divers niveaux; d 'ailleurs,! Le T72 est un char remarquablement performant: avec ses 40 tonnes, ses chevaux, il peut atteindre les 80 kmIh en combat et dispose d'une autonomie de km.

Piloté par trois hommes - un chef de char, généralement au grade de sergent-chef, un tireur et un pilote - , il est équipé d'un canon de mm. La conduite de lir du canon se fait par ca1culateur et télémètre laser. Dans la tactique algérienne, un sous- lieUlenant est chef de section et commande trois chars, contrairement aux armées occidentales où un officier de ce grade en commande quatre.

L'armée algérienne possède un millier de chars. Un tiers sont des , mais la moitié est en panne depuis plusieurs années. Abdelmadjid Chérif contre le te bélier:o.

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L'année aété, pour nous, celle de tous les imprévus. Le général Abdelmadjid Chérif, commandant de l'académ ie, a été mis à la retraite et remplacé par le général Zoubir Guedaïdia.

Il n'avait pas eu le temps de mener à terme son programme de travail. Il reviendra aux affaires après le coup d'État de Très rigoureux, Abdelmadjid Chérif n'épargnait personne quand il s'agissait dediscipline.

L'image que je garde de lui est celle d'un militaire rigide, qui s'est distingué dans les rangs de l'armée grâce à ses compétences techniques. Sa conception de la discipline est toujours suivie, à ce jour, dans les fonnations militaires. Originaire de la Marine, il avait créé, en , un corps d'élite en son se in; les 1er et 2" bataillons de fusiliers-marins BFM.

Son passage à la tête de l'académie, où il a in stau ré un nouveau rythme d'études, aété très remarqué. Pour lui, un officier devait faire preuve d'une grande technicité dans tous les domaines; maniement de toutes les armes, équitation, maîtrise de tous les sports de combat, conduite de tout type de véhicules, civils ou militaires, el j'en passe.

On ne peut pas dire que son passage à l'académie a marqué les esprits. Cet officier supérieur qui, vraisemblablement, n'appartenait pas au clan des généraux affairistes, était un homme très discret, qui se satisfaisait de faire son travail correctement.

Quand je serai en troisième année, j'apprendrai qu'Abdelmadjid Chérif s'était fennement opposé au plan de restructuration de l'armée engagé par la présidence elle fa isait savoir, tout comme'Liamine Zéroual, son beau-frère, et bien d'autres. Chadli et son entourage voyaient le complot partout. Sur les conseils du général Larbi Belkheir, alors chef de cabinet à la présidence, Chadli a procédé, dès , à d'importantes restructurations au sein de J'année pour prévenir les tentatives de coup d'État.

Il a commencé, par exemple, à restructurer les services de renseignements et à dissoudre un certai n nombre de brigades pour créer des divisions. En d'autres termes, il était diffici le pour le pouvoir central de contrôler les déplacements des brigades, dont Chadli craignait que certains chefs tentent de le renverser comme cela s'était produit à la fin des années soixante, quand le colonel Tahar Zbiri avait tenté de renverser Boumed iene ; alors q u'il lu i serait plus facile de contrôler les divisions.

Beaucou p d'officiers supérieurs étaient opposés à cette réforme, car ils savaient que les budgets militaires ne permettaient pas de constituer et d'entreteni r de vraies divisions. Pourtant, grâce au soutien des généraux Nezzar et Belkheir, Chadli a imposé sa réforme, contraignant plusieurs généraux, dont Liam ine Zéroual, à démissionner.

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Pour beaucoup d'Algériens, Chadli Bendjedid est le président le plus médiocre que le pays ait connu. Une personnalité fragile, sans aucun charisme; il est resté pourtant à la tête de l' État pendant treize ans. Son secret: il n'a montré, au cours de son règne, aucun appétit démesuré de pouvoir. Il s'est certes enrichi avec son entourage, mais en laissant une part de gâteau à l'ensemble des offic ie rs supé rieu rs de l'armée et aux caciques du FLN.

Il est vrai que, politiquement, il avançait tête baissée. Les Algériens, les Algérois notamment, le détestaient. Il y avait de quoi: les grandes pénuries avaient atteint des proportions insupportables.

À cette époque, des avions militaires décollaient régulièrement de Boufari k pou r emmener les épouses et les employés des hauts responsables à Paris, Palma, Madrid ou Rome pour faire leurs emplettes. Des pratiques qui se poursuivent encore à ce jour. Les débats de ces journées de juillet - où ont été entendus hommes politiques, militaires, journalistes, historiens, victimes du terrorisme islamiste et du terrorisme d'Etat - ont en effet mis a nu la nature réelle de cette " sale guerre " menée depuis plus de dix ans en Algérie et dénoncée par Habib Souaïdia en dans son livre La Sale Guerre : une violence d'Etat déclenchée par une minorité de généraux soutenus par des civils coupés du peuple, et qui a instrumentalisé la violence islamiste pour rester au pouvoir.

Ce livre restitue l'intégralité des débats du procès.

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On y lira des interventions bouleversantes, mais aussi de nombreuses révélations sur les décideurs militaires algériens. Et surtout, l'extraordinaire sophistication du discours de désinformation qu'ils ont forgé et qui a permis durant des années de cacher la vérité de leurs crimes aux yeux du monde.

Un discours que ce livre fait voler en éclats.