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Pourquoi fuir? Il se mit blasphmer. Dar-Sbitar, dont ils avaient troubl le sommeil et la paix, montrait les dents. Et lui, rcitait toujours l'incroyable litanie des mets qu'il avait dgusts. Il renonait revenir Dar-Sbitar maintenant ; mais il tait furieux d'avoir t mis la porte de cette manire. Les jeux se fai-saient plus violents, les cris vrillaient l'atmosphre. Elle est faite uniquement pour les protger, pour garantir leur pouvoir sur nous, pour nous rduire et nous mater. Il y avait des lves qu'il ranonnait, quotidienne-ment.

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Il se rtis-sait les mains, qui blanchissaient peu peu, normes comme des fruits blets, et les appliquait sur ses pieds. Le dallage rouge vif faisait mal voir. Omar se recro-quevilla devant le fourneau Le brasero dfaillait dans la chambre sombre et humide.

Omar ne rchauffait que ses mains ; ses pieds le dmangeaient irrsistiblement. Le froid, un froid immobile, lui griffait la peau. Il cala son menton sur ses genoux. Accroupi en chien de fusil, il amassait de la chaleur. Ses fesses poses sur une courte peau de mouton pele taient endolories.

Il finit par somnoler, serr contre lui-mme, avec la pen-se lancinante qu'il n'y avait rien manger. Il ne restait que de vieux crotons que la tante leur avait apports. La matine, gristre, s'coulait minute aprs minute.

Soudain, un frmissement lui parcourut le dos : il se rveilla, les jambes engourdies et pleines de fourmille-ments. Le froid pinait intolrablement. Le fourneau avait disparu : Ani l'avait emport. A l'autre extrmit de la pice, assise en tailleur, le brasero pos sur une de ses cuisses, elle marmonnait toute seule.

Elle le vit ouvrir les yeux : -Voil tout ce que nous a laiss ton pre, ce propre- -rien : la misre! Il a cach son visage sous la terre et tous les malheurs sont retombs sur moi.

Mon lot a t le malheur. Toute ma vie! Il est tran-quille, dans sa tombe. Il n'a jamais pens mettre un sou de ct. Et vous vous tes fixs sur moi comme des sangsues. J'ai t stupide. J'aurais d vous lcher dans la rue et fuir sur une montagne dserte.

Mon Dieu, qui pouvait l'arrter prsent? Son regard noir, tourment, luisait. Omar se taisait. Elle en voulait srement quelqu'un. Mais qui? Elle commena par se rpandre en diatribes contre des fantmes. L'enfant, devant cette colre qui montait, ne comprenait plus. Y avait-il quelqu'un d'autre dans la chambre? Grand-mre, mais Grand-mre Mama tait couche derrire Omar. Ils l'avaient recueillie la veille ; son fils l'avait garde trois mois ; c'tait maintenant au tour d'Ani de la prendre pendant trois mois aussi.

Grand-mre Mama tait para-lytique. Elle conservait nanmoins sa lucidit ; son regard bleu, net, brillait de son ancien clat : presque enjou. Pourtant, malgr le rayonnement de bont qui en manait, ses yeux se figeaient en une expression froide et dure certains moments. Son visage, un joli petit visage de vieille, rose, propre, tait encadr d'une gaze blanche.

On devait aider Grand-mre pour tout, pour manger, se retourner, faire ses besoins Omar frissonnait insensiblement. Dposant le bra-sero par terre, Ani pivota sur place et regarda Grand- mre : -Pourquoi ne te garde-t-il pas, ton fils?

Quand tu servais de domestique sa femme pendant des annes, tu tais intressante! Quand tes pieds ne t'ont plus por-te, il t'a jete comme une ordure? Maintenant tu n'es plus bonne rien? C'est a? Ani se dressait sur ses genoux pour lui souffler sa rancune au visage. Grand-mre essaya de l'apaiser : -Ani, ma fille.

Ma petite mre! Maudis le Malin, c'est lui qui te met ces ides en tte. Pourquoi n'as-tu pas refus de te laisser amener ici? Lui, il lui lcherait les pieds. Elle travaille pour le nourrir et il passe son temps rouler dans les cafs.

Fils de chien qu'il est!

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Tais-toi, je ne veux pas t'entendre. Je ne veux pas entendre le son de ta voix! Dieu vous a jets sur moi comme une vermine qui me dvore. Les yeux de Grand-mre suppliaient. Omar eut envie de courir vers la rue, de sortir. Il voulait crier ; mais le visage de sa mre s'interposa entre lui et la porte. Il s'aplatit contre terre et ne remua plus. Il tait prt hurler ; s'il se faisait entendre des voisins, peut-tre accourraient-ils et le dlivreraient-ils de l'impitoyable treinte de sa mre.

Mais elle ne le toucha pas ; il resta couch sur le sol jusqu'au moment o, d'une voix perante, elle lui commanda : -Lve-toi ; viens. Il se redressa et s'approcha avec une lenteur calcule.

D'un signe de tte, elle lui enjoignit de soulever Grand- mre. Il redressa son aeule avec Ani. Omar se demandait ce qui allait se passer. Il suivait sa mre avec anxit quand il s'aperut qu'elle entranait Grand-mre dehors. Grand-mre, affole, ne s'arrtait pas d'im-plorer : -Ani, Ani, ma fille! Ani les tirait tous les deux. Ils s'en allrent, empor-tant la vieille femme tout au long de la galerie, jusqu' la cuisine, o Ani, lchant prise, la laissa s'effondrer mollement sur le carrelage.

Omar tremblait.

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Les plaintes de Grand-mre taient empreintes d'une angoisse sans nom, et si effrayantes qu'il ressentit le besoin de hurler son tour. La cuisine de l'tage tait une grande pice aux murs noirs, pave de larges dalles encombres de toutes sortes d'objets ; dmunie de porte, elle tait envahie par un petit jour peureux. Le froid ici touchait la mort. Ani semblait avoir dcouvert ce qu'elle dsirait. Retirant une chaise poudreuse du milieu du bric--brac, elle la posa derrire Grand-mre qu'elle fit asseoir dessus ; en s'loignant, elle dit son fils : -Viens, toi.

Ils abandonnrent la vieille dont le visage plissait.

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Son regard vacillait. Mourir, mourir , disait-il. Omar hurla. Ani se jeta sur lui. Omar inclina la tte ; brusquement il dit : -Je m'en fous!

Et il se sauva ; elle le suivit grandes enjambes. Il traversa la cour d'un seul lan et regagna le vestibule pour fuir dans la rue. Arrive la porte, sa mre, qui n'avait pas son voile, ne put aller plus loin. Elle l'acca-bla de maldictions. Il prit le large. Des passants venaient dans la ruelle : Ani se retira.

Quand ils furent devant la maison, elle les pria travers la porte de lui ramener son fils. Mais Omar, dj loin, filait toute allure. En rentrant, Ani referma la porte, retirant ainsi au gamin la possibilit de revenir sans qu'elle en ft avertie. Il tranailla dehors, le temps qu'elle pt oublier sa colre. Il retourna ensuite Dar-Sbitar.

Il se coulait vers la chambre, quand Ami l'aperut. Aussitt, elle bondit ses trousses. Omar se sauva. Il se mit blasphmer. Maudits, tes pre et mre!

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Il galopa de nouveau vers la rue. Un vent glacial balayait l'troite venelle. Il chercha un endroit o s'abriter. Il renonait revenir Dar-Sbitar maintenant ; mais il tait furieux d'avoir t mis la porte de cette manire. Une entre d'immeuble : il s'y faufila.

Il se tapit entre le battant, qui tait pouss, et une poubelle. Son pied le tourmentait ; la blessure de l'autre jour, rouverte, lui faisait mal. Le vent s'brouait sans arrt dans cette mai-son. Qu'allait-il faire prsent?

Le froid lui lchait la figure. En de pareils moments, il souhaitait retrouver son pre, son pre qui tait mort.

Mais ce qu'il dcouvrait tait intolrable : son pre ne reviendrait jamais auprs de lui, personne ne pouvait le ramener. Il n'allait pas passer toute la nuit dans la rue! Se voir administrer une correction, ds qu'il apparatrait la maison, ne l'effrayait pas. Que lui importait!

Il tait comme mort, rien ne lui arriverait qui l'intresst. Il ne souffrait pas ; il ne souffrait plus ; son cur tait de pierre. Il avait dcid d'aller s'offrir aux coups sans tenter de se soustraire aucun, et de voir quelles seraient les limites de sa rsistance. Il portait en lui un dfi ; qui, le premier, se fatiguerait, lui d'endurer ou les autres de le faire souffrir? Or, il tait persuad qu'il ne lcherait pas, qu'il tiendrait jusqu'au bout.

C'est cela : il devait rentrer, rien d'autre faire. Pourquoi fuir? Mais, pourquoi ne pas se tuer? Ne pas se jeter du haut d'une terrasse?

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Il chercha autour de lui : personne dans le corridor. Il se roula en boule pour se faire plus petit dans son coin. C'tait a, c'tait a : mourir. Qui se soucierait de lui, aprs? Un petit accident et puis on est tranquille. Sa mre ne le retrouverait plus.

C'tait le meilleur tour qu'il pouvait imaginer de lui jouer. Un claquement de pas rsonna ses cts ; il sursauta. Dj la nuit. Comment tre chez soi, dans une chambre? Et son cur qui cognait, norme Blotti prs de cette pou-belle, allait-on le prendre pour un mendiant? Mais non!

Dans cette maison de Franais, si on venait s'apercevoir de sa prsence, on ne le prendrait pas pour autre chose qu'un petit voleur. On ameuterait contre lui les locataires, le quartier mme, et tout Tlemcen Il se glissa l'extrieur.

Personne ne l'avait remar-qu. A prsent, il faut rentrer. Ce n'est qu'un jeu que tout cela. Sa mre n'a aucune raison de lui administrer une racle. A aucun moment, elle n'a eu l'ide de le faire souffrir. A mesure qu'il se dirigeait vers Dar-Sbitar, Omar entendait de stridents hurlements. Il reconnaissait cette voix. Il hta le pas. Il n'avait rien mang depuis le matin, et ses jambes trs faibles ne le portaient plus.

Ces cris, c'tait sa mre, poste l'entre de Dar-Sbitar, qui les lanait. Des gens passaient, silencieux et indiffrents. Attar-des, fantomales dans leurs voiles blancs, des femmes se pressaient. Il parvint devant la maison. Ani le vit.

Saisi de panique, il s'arrta. Omar demeura immobile. Il se cramponna au mur, car il se sentait sans forces. Les criailleries de sa mre s'accenturent. L'image de Grand-mre tale sur le carreau de la cuisine, incapable de bouger, avec des lueurs d'pou-vante dans les yeux, lui revint l'esprit.

Sa mre l'avait-elle frappe? Il eut l'impression que tout s'croulait autour de lui. De nou-veau, il voulut cesser de vivre. Il pleura doucement. Les pieds nus de sa mre et le bas de sa robe traversrent vivement la rue. Elle tait devant lui sans son hak, mais il faisait nuit noire. Ani l'entrana par le bras ; ils retraversrent la ruelle et s'enfoncrent dans la maison. Ils n'avaient pas encore parcouru le vestibule qu'Omar s'croula.

Sa mre le souleva. L'enfant interrogea son regard tendu qui le fixait. Elle le transporta jusqu' la chambre et le dposa sur sa peau de mouton. Elle l'tendit, la tte pose sur un bras. Omar ne bougea pas. La figure de sa mre s'loigna. Sur sa litire, l'enfant ne soufflait mot. Il lui semblait qu'il tait couch ici depuis des sicles. Lorsque le tintamarre et les bruits de voix qui lui remplissaient la tte s'teignirent, il se sentit abandonn, solitaire, rejet de la vie.

Il entendit encore quelques voix toutes proches. Quel frisson le long de son corps! Quelque chose lui disait qu'il allait sombrer ou disparatre. Il entrouvrit les yeux. Sa mre tait en train de faire ses prires ; debout, raide, elle se tint ainsi longtemps ; soudain, pli en deux, son corps se brisa.

Elle se prosterna, face contre terre. Omar avait mal aux yeux ; il ne pouvait plus rien voir, n'ayant mme pas la force de tenir ses paupires carquilles. Et ses jambes frmissaient sans fin. Il commenait avoir si mal d'tre tendu. Quand viendrait le repos? Mars vint. Le deuxime dimanche de ce mois fut un jour mmorable pour Dar-Sbitar Rveill comme par un coup d'ailes, Omar bondit sur ses pieds.

Dar-Sbitar bourdonnait. La rumeur rem-plissait les moindres recoins de l'norme maison, gagnait les renfoncements les plus sombres, cependant que des coups violents, impatients, taient assens la porte extrieure.

Omar et ses deux surs sortirent de la chambre. Sans bien voir o elle plaait ses pas, tout ensommeille, Ani accourut vers la rampe de fer qui courait le long de la galerie. Des mches flottaient en broussaille au- dessus de sa tte, son foulard ne pouvait les retenir.

Elle arrangea sa coiffure.

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C'tait un tumulte incomprhensible : les locataires s'lanaient htivement des pices, les uns la suite des autres, et se rassemblaient dans la cour. Des chu-chotements, de brusques clats de voix, des vagisse-ments de nourrissons, des frlements de pieds nus se rpandaient dans les galeries, la cour, les chambres : c'en tait fait du calme et de l'paisse tideur du matin. Les premires lueurs de l'aube pointaient. La nuit se dissipait, comme en cachette.

Des coups de heurtoir, puis des coups de bottes,branlrent sans arrt la grande porte cloute qui demeurait close.

Personne, l'intrieur, ne chercha s'en approcher. On s'interrogeait : -Qu'est-ce qu'il y a? Qu'est-ce qui arrive, bonnes gens! Omar sauta dans l'escalier et disparut si prestement que sa mre n'eut pas le temps d'esquisser un mouve-ment. La fivre noire t'em-porte! L'enfant s'infiltra dans le groupe de femmes qui s'tait form dans la cour et stationnait l'entre du vestibule.

Qu'est-ce que cette catastrophe? Sans se rendre aux injonctions qui lui parvenaient de toutes parts, Ani s'obstinait vituprer : -Omar! Reviens, si tu ne veux pas que je te coupe en morceaux. Ses menaces restrent sans effet, comme d'habitude.

Il se fit bientt une animation anxieuse, frmissante. Les femmes se consultaient sur ce qu'il fallait faire. Allait-on ouvrir ou non? L'inquitude s'emparait de chacun.

A petits pas, la vieille Acha vint dans la cour en s'appuyant aux murs. Levant les yeux au ciel : -Mon Dieu, si tu veux bien accepter ma prire, pro tge-nous, implora-t-elle mi-voix. Elle s'agenouilla. Ses lvres remuaient impercepti-blement.

Les hommes avancrent de quelques pas. Ils n'all-rent pas plus loin que le seuil de chaque chambre. Quelques-uns s'occupaient resserrer le cordon de leur culotte bouffante.

Une femme dcida : -Par Dieu, j'ouvrirai et on saura bien qui c'est! C'tait Sennya qui jurait ainsi : celle-l, elle n'avait peur de rien, elle faisait toujours ce qu'elle disait. Tu n'entends pas le bruit qu'ils font? Il n'y a qu'eux pour s'annoncer de la sorte. L'homme qui jeta ces paroles haute voix se tut.

Tout le monde pensa comme lui. Sennya entrouvrit tout de mme la porte et passa sa tte dans l'entrebillement : c'taient bien des policiers - une dizaine -, masss dans la ruelle! Sennya eut un mouvement de recul. Mais elle se matrisa et leur demanda ce qu'ils venaient chercher ici. Cette Sennya, elle avait du courage! Que voulez-vous?

Laisse le passage. La troupe de policiers s'engouffra dans le vestibule. Parmi eux, trottait un petit gros en costume marron clair. Il faisait attention ne pas le tacher. Effares, les femmes se dispersrent et disparurent en un clin d'il dans les premires pices qui s'taient prsentes elles.

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La peur leur faisait perdre la tte comme une vole de moineaux. Omar se trouva seul dans la cour. Son sang buta contre ses tempes. Des agents de police! Son cur voulait jaillir de sa poitrine. Clou sur place, il aurait dsir pouvoir crier : Maman! Son front tait moite. Brusquement il hurla : -Les agents de police!

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Les agents de police! Les voil! Il pensa : Ma, je t'en supplie, je ne te referai plus de peine ; protge-moi, protge-moi, seulement. Il souhaita ardemment la prsence d'Ani prs de lui pour qu'elle le recouvrt de sa toutepuissance de mre, pour qu'elle levt autour de lui une muraille impossi-ble franchir.

Les agents lui faisaient si peur ; ces agents, il les dtestait. Sa mre, o tait-elle? O tait ce ciel tutlaire? Il continua crier : -Les policiers! Les policiers! Retrouvant d'un coup l'usage de ses jambes, il courut se terrer chez Lalla Zohra. Les agents de l'ordre occupaient la cour ; ils s'adres-srent la maison : -N'ayez pas peur. Ne craignez pas pour vous. Nous ne sommes pas venus vous faire du mal. Nous n'accom-plissons que notre travail.

Dans quelle chambre habite Hamid Saraj? L'agent qui avait parl Sennya au dbut discourait cette fois en arabe. Aucune rponse. Dar-Sbitar semblait avoir t abandonne en une seconde par ses occupants ; on la sentait pourtant attentive. L'air s'paississait mesure que se prolongeait le silence. Les policiers sentaient que DarSbitar tait devenue brusquement ennemie. Dar-Sbitar s'enfermait dans sa crainte et dans son dfi. Dar-Sbitar, dont ils avaient troubl le sommeil et la paix, montrait les dents.

Les policiers frappaient le dallage sonore de leur talon. L'cho largissait le vide qui s'tendait entre les gens de la maison et les hommes de l'Autorit. Tout coup une porte claqua avec fracas au rez-de- chausse, et la courte stature de Fatima apparut.

Les argousins, en une charge lourde, arrivrent sur elle. Mon frre n'est pas ici. Deux agents dj l'entouraient, mais cela ne parais-sait pas l'affecter ; les autres policiers s'taient introduits en un clin d'il dans sa chambre.

Alors, une une, les femmes revinrent dans la cour. La vieille Acha, sans aucune apprhension, dclara : -Qu'a-t-il fait, ce garon? Nous le connaissons depuis qu'il courait dans la rue. Nous n'avons jamais rien eu lui reprocher. Il ne ferait pas de mal une mouche. Avec quoi ferait-il du mal? Comprenaient-ils, ou ne comprenaient-ils pas? Les hommes de la force publique ne bronchaient pas ; leurs yeux vides ne se fixaient sur rien. Un moi de ruche excite agitait la demeure, les femmes s'entretenaient toutes la fois ; le brouhaha s'enflait.

Les policiers fouillaient la pice : ils avaient emmen Fatima l'intrieur de la chambre. En mme temps, des sanglots partirent du recoin sombre o Omar tait blotti. Alors l'enfant se souvint qu'il s'tait rfugi chez Lalla Zohra. Il ne savait pourquoi, par exemple. Mais il tait content.

Une brave femme, Lalla Zohra ; il l'aimait bien. Son visage portait une expression de dou-ceur jamais vue chez d'autres ; elle ne cessait pas de sourire. Les pleurs continuaient. Menoune, malade, tait cou-che l, depuis que son mari l'avait renvoye chez sa mre. La vieille femme la veillait. Ses regards taient tourns vers la cour.

Menoune rptait dans ses sanglots : -De ma vie, ma petite mre. De ma vie. Ces paroles ritres sur un ton d'absolue certitude avaient fait tressaillir le cur d'Omar : quelque chose de dfinitif, semblait-il, venait de se dcider. Omar en eut vaguement le pressentiment.

Il considra la forme tendue. Lalla Zohra assise ses cts, les jambes croises, embrassait de temps autre la malade, trs branle. Dans ses deux mains, elle lui enfermait les siennes. Dans un mois. Tu retourneras auprs de tes petits Si tu es bien sage. Le docteur l'a ditLa vieille femme parlait comme un enfant. Omar fit effort sur lui pour demeurer tranquille.

La voix de Menoune s'leva, pleine de tristesse. Je ne te reverrai plus ; je ne reverrai plus mes enfants, de ma vie. Elle baissa la voix. Elle redit De ma vie, mes enfants.

Et elle se calma. Aprs quelques instants d'accalmie, elle se mit chantonner voix basse : Quand la nuit se brise Je porte ma tideur Sur les monts acrs Et me dvts la vue du matin Comme celle qui s'est leve Pour honorer la premire eau : trange est mon pays o tant De souffles se librent, Les oliviers s'agitent Alentour et moi je chante : - Terre brle et noire, Mre fraternelle, Ton enfant ne restera pas seule Avec le temps qui griffe le cur ; Entends ma voix Qui file dans les arbres Et fait mugir les bufs.

Brusquement, Menoune recommena pleurer. Sa mre voulut parler, mais ne put que secouer la tte. Elle regarda Omar, puis autour d'elle comme pour implorer aide et rconfort. La voix de Menoune modulait cet instant une antienne funbre qui n'tait destine qu' elle-mme.

Le doux visage de Lalla Zohra parut fatigu ; l'enfant ressentit cette peine comme une parcelle d'une immense douleur. Le premier moment de frayeur pass, les femmes, qui avaient retenu leurs maris dans les chambres, s'en-hardissaient, narguant la marchausse. Fatima parut, l'agent qui lui serrait le bras l'ayant repousse dehors.

Elle se prit pousser des lamenta-tions interminables et s'envoya de grandes tapes sur les cuisses. Sa plainte monta, vrillante, et Dar-Sbitar tout entire vibra, pntre de part en part par la maldiction qu'elle profra. Le cur et la raison des locataires cdrent sous la puissance de cette note stridente. De toute la maison, monta alors une rumeur inquitante. Cette lamentation de haine et de fureur annonait le malheur qui venait grandes enjambes d'entrer dans DarSbitar.

Les agents remuaient les papiers que Hamid avait runis chez sa sur. Ils les ramassaient et, pour cela, mettaient la pice sens dessus dessous. Fatima s'arrta de crier ; elle se plaignit doucement : -Bouh, bouh, que va devenir mon frre? Que vont- ils lui faire? Bouh, bouh, pour mon frre Son dsespoir difficile dborder, monotone, infiniment lourd, cheminait comme un charroi fatigu.

Dans sa chambre, Menoune dlirait faiblement. Depuis quelques jours, elle mlait tout. Elle perdait cons-cience et ignorait ce qui se passait. Elle rptait encore : -Je ne vous reverrai plus, mes petits. Son chant revint sur ses lvres, trs doux, dchirant : Ce matin d't est arriv Plus bas que le silence, Je me sens comme enceinte, Mre fraternelle, Les femmes dans leurs huttes Attendent mon cri.

Sans se rendre certainement compte de ce qu'elle disait, elle reprit plusieurs fois : Mre fraternelle, Les femmes dans leurs huttes Attendent mon cri.

Omar, indcis, ne comprenait quelle aide il pouvait apporter. Les policiers remplissaient la grande demeure de leurs mouvements. Quand partiraient-ils? Il couta encore le chant qui s'leva de l'obscurit de la chambre.

Pourquoi, me dit-on, pourquoi Vas-tu visiter d'autres seuils Comme une pouse rpudie? Pourquoi erres-tu avec ton cri, Femme, quand les souffles De l'aube commencent A circuler sur les collines? Tout en haut de l'habitation, un autre cri de femme explosa ; c'tait Attyka, une pauvre possde, qui lan-ait ces clameurs.

Il se forma un son aigu qui rsonna sans relche, perant le cur endolori des gens de la maison. Et l'air se mit trembler. Voil tout! Omar ne demandait plus un morceau de pain tremp dans l'eau de la fontaine : quand les plus grands mal-heurs fondent sur nous, ils nous suffisent pour tromper notre faim. Il ne pensait plus sa faim ; elle stait estompe, devenue lointaine, et ne veillait en lui que comme un vague haut-le-cur qu'il ne parvenait pas refouler. La tte lui tournait ; il mastiquait sa salive et l'ava-lait.

Cela lui donnait une bizarre sensation de nause. Il ne rencontrait qu'un vide l'intrieur de lui-mme : au-dessus de ce vide, se balanait le souvenir de ce qu'il avait mang la veille. Mais comment, avec un dgot semblable, pourrait-il encore tolrer un peu de nourriture? Cette cendre des longues heures o il n'avait eu aucun aliment, il n'arriverait jamais la cra-cher, la cracher entirement.

Moi qui parle, Algrie, Peut-tre ne suis-je Que la plus banale de tes femmes Mais ma voix ne s'arrtera pas De hler plaines et montagnes ; Je descends de l'Aurs, Ouvrez vos portes pouses fraternelles, Donnez-moi de l'eau frache, Du miel et du pain d'orge.

Le chant peine flotta-t-il une fois de plus dans la pice que les policiers firent irruption. Ils s'immobili-srent ; ils ne distingurent d'abord rien dans la pnom-bre. Leur hsitation fut de courte dure, et, sans plus tarder, ils renversrent tout. S'approchant de Lalla Zohra et de sa fille, atterre, ils tranrent la malade, qui fut dcouverte jusqu' mi- jambes. Ils furetrent l'endroit o elle tait couche.

Les sanglots de Menoune retentirent et se transfor-mrent en un appel ardent qui traversa la chambre bou-leverse. Ce cri de chagrin, par lequel elle et dsir expulser le mal qui lui rongeait la poitrine, jaillit plus puissant que le tapage et le tohu-bohu mens par les gens de la police. Et brusquement il redevint un chant. Je suis venue vous voir, Vous apporter le bonheur, A vous et vos enfants ; Que vos petits nouveau-ns Grandissent, Que votre bl pousse, Que votre pain lve aussi Et que rien ne vous fasse dfaut, Le bonheur soit avec vous.

Les policiers interloqus interrompirent leur fouille ; ils abandonnrent la chambre et s'en furent de nouveau dans la cour. Ils avaient interdit Fatima d'entrer chez elle. Elle s'accroupit dans la cour avec ses gosses autour d'elle et attendit. Ils fouillrent encore dans les livres d'Hamid, s'emparrent de quelques volumes, de vieux journaux et de papiers. Ils en emportrent une partie et parpillrent le reste dans la pice et la cour.

Enfin ils s'en allrent ; Fatima put rentrer dans sa chambre. La police oprait dans le quartier pour mille raisons : des jeunes gens et des hommes mrs furent emmens ainsi, qu'on ne revit plus. A Dar-Sbitar s'levaient encore les protestations vhmentes du vieux Ben Sari ; mais les forces de l'ordre taient parties. Je ne veux pas me soumettre la Justice, clamait-il. Ce qu'ils appellent la justice n'est que leur jus-tice. Elle est faite uniquement pour les protger, pour garantir leur pouvoir sur nous, pour nous rduire et nous mater.

Aux yeux d'une telle justice, je suis toujours coupable. Elle m'a condamn avant mme que je sois n. Elle nous condamne sans avoir besoin de notre culpabilit. Cette justice est faite contre nous, parce qu'elle n'est pas celle de tous les hommes. Je ne veux pas me soumettre elle Ae, cette colre, on ne l'oubliera pas! Ni la prison o des ennemis enferment nos hommes. La Grande Maison Wikipédia. Rapports de Stage de autres dissertation. Trouver la librairie la plus proche de Téléchargez lisez tous vos supports petit livre a but de faire découvrir étudier le de Mohammed Dib.

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